Vivre son deuil quand on est un enfant

La mort d’un proche est une expérience lourde pour les enfants et il est difficile d’en prévoir les conséquences à moyen et à long termes. Les enfants ont une connaissance relative, et souvent bien subjective, de la mort. Les autres membres de la famille sont aussi perturbés par ce deuil, ce qui les rend souvent moins disponibles. De plus les enfants vivent ce drame comme une injustice (c’est de fait une mort prématurée) avec de forts sentiments de révolte. Habituellement ils ont tendance à s’en rendre responsables. Cette culpabilité infondée risque de les suivre tout au long de leur vie, les gênant dans leur accomplissement et dans leur recherche du bonheur. 
Ils ont donc besoin d’aide, de soutien même s’ils paraissent aller bien afin qu’ils aient le plus de chance possible de ne pas pâtir ultérieurement de ce drame. La rencontre avec d’autres enfants endeuillés dans les ateliers mis en place à leur intention s’avère très bénéfique.

 

LES ATELIERS POUR ENFANTS A VIVRE SON DEUIL ILE DE FRANCE
Créés en 1997 à l’association Vivre son deuil par Marie-Frédérique BACQUE et Isabelle Hanus, ils ont déjà accueilli environ 170 enfants. Les ateliers regroupent de 4 à 7 enfants dans une même tranche d’âge (moins de 6 ans, de 6/8 ans, 8/10 ans et 10/12 ans).
 
On évite d’intégrer dans le même groupe des frères et sœurs afin de préserver la liberté de paroles de chacun.
Les groupes sont multi deuils (mort d’un proche : père, mère, frère, sœur, grands-parents, morts naturelles, accidentelles, suicides).
 
Les seules règles pour entrer dans un groupe sont :
 
– le désir d’un enfant d’y participer et de rencontrer d’autres enfants,
– la connaissance par l’enfant des circonstances de la mort de son parent.
– Les groupes s’étalent sur six mois à raison d’un atelier de trois heures tous les mois le samedi. Les animateurs des groupes sont formés à la relation d’aide, à la dynamique de groupe et supervisés. Deux animateurs animent chaque groupe, parfois assistés d’un observateur qui se forme à l’animation.
 
AVANT D’ENTRER DANS UN ATELIER

Nous proposons aux enfants et aux parents de les rencontrer au local de l’association, lieu où se dérouleront les ateliers, lors d’un ou deux entretiens préliminaires. Au cours de ces entretiens menés par les deux animateurs du groupes, où nous nous adressons aussi bien au parent qu’à l’enfant, va s’exprimer la demande du parent, celle de l’enfant, s’inscrit le récit de la mort, se verbalisent les difficultés présentes, s’expriment les sentiments et le cheminement qui amène à l’atelier.
Il nous parait en effet important de connaître un enfant et de valider que le deuil est bien au centre des difficultés de l’enfant et de la famille. Il est aussi essentiel de discerner avant le début du groupe les éventuelles raisons qui pourraient empêcher un enfant d’y participer (fragilité, deuil trop récent, pathologies familiales…) et de tester sa motivation personnelle à venir participer à un tel groupe. Un atelier est un lieu de rencontres et de partage où l’enfant se confronte à son deuil mais aussi à celui des autres. L’enfant doit donc être partie prenante et conscient que le groupe ne sera pas qu’un lieu d’activités ludiques. Le groupe doit aider, soulager l’enfant et non alourdir son deuil. Nous proposons aux parents dont l’enfant serait en difficulté un soutien de quelques entretiens ou les orientons vers un suivi extérieur.

LE PREMIER ATELIER

Regroupe parents, enfants et animateurs. Chacun se présente et il est demandé aux parents et aux enfants de faire un bref récit de ce qui les amène dans le groupe, puis les parents partent et entre animateurs et enfants nous établissons les règles du groupe.
Nous distribuons à chaque enfant une boite (style grande boite à chaussures) où celui-ci pourra déposer tout le long des ateliers ses réalisations, ses trésors tout en la décorant.
Ainsi, nous demandons aux enfants d’amener une photo de la personne décédée et un objet lui ayant appartenu que l’enfant a pu choisir ou qui lui a été donné par le mort ou à l’occasion de la mort.
A chaque atelier, un temps de détente sera consacré à un goûter.

LE DEUXIÈME ATELIER
Dans cet atelier sera abordé l’image de la famille avant la mort et sera fait le récit de la mort.
Par le biais du dessin de famille ou de collages faits sur la boite, l’enfant pourra évoquer des souvenirs liés à la personne décédée. La photo et l’objet liés au mort trouvent alors toute leur place et leur signification.
Puis nous invitons les enfants à raconter comment ils ont vécu l’annonce de cette mort (QUI leur a parlé, ce qu’ils ont ressenti) ce qui donne lieu à nombres d’échanges entre les enfants.

LE TROISIÈME ATELIER 
Autour du nom gravé sur la tombe ou sur l’urne ou autour du lieu du souvenir, les enfants sont invités à nous faire partager le jour de l’enterrement….et à évoquer leur place dans leur famille ainsi que celle du mort. QUI est cette personne décédée ? et eux, QUI sont-ils ? Les enfants élaborent un arbre généalogique (qui peut être réalisé sous différentes formes : pâte à modeler pour les petits, arbre dessiné ou collé pour les plus grands) en y plaçant ceux qui composent notre famille et sont dans notre mémoire.

LE QUATRIÈME ATELIER
Dans cet atelier nous abordons les changements qu’a entraîné la mort (matériels, affectifs…) et nous invitons les enfants à peindre deux masques.
Sur l’un l’enfant essaiera d’exprimer les sentiments ressentis le jour de la mort et sur l’autre ses sentiments actuels.
Nous essayons ensuite (sans jamais interpréter) d’évoquer ces changements (douloureux mais parfois positifs) et de trouver ensemble des moyens pour mieux supporter sa peine.

LE CINQUIÈME ATELIER

Nous revenons sur l’existence quotidienne que l’enfant doit vivre, accompagné de l’absence de la personne décédée.
Comment garder ce que cette personne nous a appris, nous a donné, comment vivre à coté des autres (son père ou sa mère désormais seul parent, ses frères et sœurs qui ne vivent pas le deuil comme eux) et que faire dans sa vie.
Par le biais de musiques (que chacun des enfants apporte et que nous écoutons ensemble) et d’un travail commun (rédaction d’un texte de chanson, d’une scène qu’ils joueront, d’une boite à idées…) les enfants se mettent ensemble (sans les animateurs) et élaborent une reconstruction de leur histoire.

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