« Je n’aurai pas fini ma tâche ! » – Les courriers du deuil

« Je suis atteinte d’une maladie cancéreuse à l’issue incertaine. Très soutenue par ma famille, j’arrive à accepter l’éventualité d’une aggravation de mon état. Ce qui me ronge, par contre, c’est que je n’aurai pas fini ma tâche. »

« Finir sa tâche »

Notre correspondante explique qu’elle est jeune retraitée et grand-maman de deux enfants de 4 et 6 ans. Elle avait désiré prendre sa retraite à 60 ans pour pouvoir garder les enfants de sa fille, trois jours par semaine, et permettre à cette dernière de retravailler. Tout était bien organisé et voilà que cette maladie arrive, chamboulant tous les plans. C’est cet aspect-là qui lui coûte le plus. Elle se réjouissait de donner l’amour d’une grand-mère à ses petits-enfants, de les entourer, de les aider, et peut-être qu’elle sera privée de tout cela.

fin de vie etape deuil acceptationNe pas pouvoir aller jusqu’au bout de son projet, quel qu’il soit, c’est toujours quelque chose de difficile, parfois même de déchirant. Le ressenti de ceux qui vivent ces situations est celui d’un deuil à traverser avec ses moments de révolte, de tristesse, pour finalement arriver à une certaine acceptation. Accepter de vivre l’inachevé, c’est accepter son humanité, car être humain, c’est être confronté à la finitude.

Toutes les réalisations humaines comportent une fin. Tous les humains ont une vie limitée. Bien sûr, tout cela n’enlève en rien le chagrin, le sentiment de deuil, pourtant certains textes anciens comme les versets 15 et 16 du Psaume 103, nous rappelle notre condition : « L’homme ! Ses jours sont comme l’herbe. Il fleurit comme la fleur des champs. Lorsqu’un vent passe sur elle, elle n’est plus. » L’inachevé est en nous et autour de nous et c’est pourquoi, nous avons à vivre pleinement ici et maintenant. Seul cet instant nous appartient, c’est là que nous pouvons apprendre et aimer.

Une parole, attribuée au Bouddha, recèle une grande sagesse et peut nous réconforter alors que nous avons à faire face à l’inachevé :

« A la fin de la vie, seules trois choses importent :

  • Combien nous avons aimé
  • Avec quelle bienveillance nous avons vécu
  • Avec quelle grâce et dignité, nous avons pu lâcher-prise de ce qui ne nous était pas destiné. »

Combien nous avons aimé

Quelles que soient les circonstances, il est possible de manifester de l’amour, bien imparfaitement, bien sûr, puisque nous sommes des humains limités. L’amour, la compassion pour soi-même et les autres, c’est une force incroyable qui transforme tout. Même si le temps est court et que la vie se termine trop tôt, à notre avis, lorsque l’amour était présent, alors tout est accompli il n’y a rien d’inachevé.

Avec quelle bienveillance, nous avons vécu

Lorsqu’une vie est vécue dans la bienveillance, elle est parsemée de milliers de petits actes d’attention aux autres, de gestes d’amitié, de regards encourageants, de pardons qui font du bien. Que la vie soit longue ou brève, la personne bienveillante laisse une trace ineffaçable puisque chaque pensée, chaque parole ou acte d’amour rend le monde un peu meilleur.

Avec quelle grâce et quelle dignité nous avons pu lâcher-prise de ce qui ne nous était pas destiné.

Tant de gens ne reçoivent pas de la vie ce qu’ils en espéraient. Ils se voyaient fonder une famille et le couple est stérile, ils espéraient devenir très vieux et une maladie grave abrège leur vie. Ils avaient rêvé d’un métier qui leur aurait permis de voyager et les circonstances les privent de leur rêve. Ils espéraient vieillir avec leur conjoint et les voilà, veuf ou veuve.

Tout être humain doit faire face à des déceptions multiples au cours de sa vie, elles sont aussi pénibles et nombreuses que ses attentes étaient grandes.

Certains ne parviennent pas à accepter : ils se révoltent, maudissent « le destin », ressassent à l’infini ce qui aurait dû être, ce qui aurait pu être, ce dont ils ont été privé. Ils restent aveugles à tout ce que la vie pourrait leur apporter malgré tout. Il y a ceux aussi qui, après un temps de révolte normal, parviennent, dignement et même avec une sorte « d’élégance » à dire « oui » à la vie telle qu’elle est. Ils savent qu’ils ne pourront pas terminer «  la tâche » qu’ils s’étaient donnée, et ils font de chacun des instants de leurs jours, une occasion d’aimer et d’exprimer de la bienveillance. Ils prennent conscience du fait que l’amour est toujours plus fort que la mort, que les obstacles et les renoncements.

Pour vous, chère correspondante, il y a la possibilité de donner beaucoup d’amour à vos petits-enfants, de les prendre dans vos bras, de leur dire à quel point ils sont précieux et dignes d’être aimés. Vous pouvez passez du temps avec eux et leur raconter de belles histoires. L’intensité des moments que vous passez avec eux s’enregistre en eux et restera toujours comme une perle de grand prix dans leur mémoire. C’est la qualité du temps passé avec eux qui est importante avant tout et non la longueur de ce temps.

La chanson de Michel Fugain «  Je n’aurai pas le temps », nous le rappelle :

« Et, pour aimer, comme l’on doit aimer quand on aime vraiment, même en cent ans, je n’aurai pas le temps, pas le temps… »

Ainsi, c’est dans l’instant présent que nous pouvons aimer, nous ne savons rien du futur. Nous formons beaucoup de vœux pour votre santé et vous disons notre admiration pour votre capacité de consentir à ce qui est !

A vous, chère correspondante et à chacun de vous, amis lecteurs, nous souhaitons une très belle semaine.

Pour aller plus loin.

La plénitude de l’instant de Tich Nhat Hahn – Éditions Marabout

L’apprentissage de l’imperfection de Tal Ben-Shahar – Éditions Belfond

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