« Je n’arrive pas embrasser ma mère qui est en fin de vie. » – Les courriers du deuil

« Ma mère, très âgée, est en fin de vie. Elle ne peut plus parler. Je sens qu’elle voudrait un contact physique avec moi, mais je ne peux pas ! « 

Le poids de l’histoire. Notre correspondant, que nous nommerons Rémy (prénom fictif) est désolé de cette situation. Il explique les difficultés de son enfance avec une mère dépressive , incapable de manifester de l’amour à ses enfants et qui préférait le frère de Rémy. Il dit les longues années sans aucun contact avec cette mère qui a décliné. Il évoque sa rencontre avec elle, « poussé par son épouse qui lui prédisait qu’il regretterait de ne pas être allé voir sa mère ». Rémy relate son mal-être et cette impossibilité qu’il ressent à l’idée de tenir la main de sa mère ou de l’embrasser. « Peut-être penserez-vous que je suis un monstre », écrit-il. Avez-vous rencontré d’autres hommes comme moi ? Y a-t-il quelque chose à faire ?

Le mail de Rémy est émouvant on sent son désir de vivre cette relation autrement et toutes les raisons qui l’en empêchent.

Toute vie comporte des épreuves, des difficultés. Lorsque le temps de l’enfance ne comporte pas la construction d’un lien d’amour et de confiance entre parents et enfants, il manque quelque chose d’essentiel et durant toute la vie, il y aura une recherche et / ou une nostalgie pour ce lien qui n’a pas pu se créer. La manière dont chacun réagit à une enfance douloureuse est personnelle et unique. Certains enfants, une fois adulte, s’en vont et coupent les ponts, définitivement. Ils créent leur vie, leur famille et n’entrent plus en contact avec leurs parents. D’autres tentent de maintenir et et de modifier cette relation, ils ne peuvent renoncer à ce qu’ils auraient tant souhaité avoir et restent en contact avec leurs parents au prix, souvent, d’innombrables frustrations. Il arrive aussi que certaines réconciliation aient lieu, surtout ou moment où naissent les petit-enfants, ou après un parcours de développement personnel.

Honore ton père et ta mère.

Les enfants sont sensés prendre soin de leur parents, et ceux qui le disent se basent souvent, dans notre culture, sur un commandement biblique. Il y a pourtant beaucoup d´incompréhension de ce « commandement ». La théologienne Lytta Basset évoque souvent ce thème dans ses conférences. Honorer, dans les textes bibliques signifie ; respecter, donner « du poids », de l’importance. Il ne s’agit nullement d’instaurer une relation parfaite, ni de garder chez soi des parents qui ont besoin d’un encadrement que ne peuvent pas assumer les enfants. Il ne s’agit pas non plus de s’étioler dans une relation pathologique sous prétexte qu’il s’agit de ses parents. Les circonstances sont si variées, il faut se garder de juger qui que ce soit. « Tout comprendre, ce serait tout pardonner » écrivait St. Augustin.

Se sentir incapable de manifester de l’affection n’a rien voir avec une faute quelconque ! On est bien loin d’être un monstre parce qu’on ressent ou ne ressent pas quelque chose et qu’on a l’authenticité de ne pas faire semblant de donner de l’affection qu’on ne ressent pas.

Y a-t-il des solutions ?

A partir du moment où il y a désir de modifier la situation, il existe des chemins envisageables pour mettre à jour ce qu’il y a d’affection, d’amour au fond de soi, malgré les circonstances.

1) La lettre qu’on brûle.

L’un des moyens consiste à prendre un moment tranquille pour soi et d’identifier les griefs que l’on a à propos de ses parents : qu’est-ce qui m’a manqué ? Quelles attitudes ou comportements à mon égard me semblent inacceptables ? Puis, il s’agit pour Rémy, d’écrire une lettre à sa mère où il énumère tout ce qu’il lui reproche, sans se censurer. Cette lettre n’est pas destinée à être lue à la mère, mais bien à être brûlée. Il est souvent nécessaire d’écrire deux ou trois lettres et de les brûler l’une après l’autre. Parfois, ce moyen permet de lâcher-prise d’une partie du ressentiment que l’on abrite, d’autres fois, cet exercice amène à une forme de pardon libérateur. Chaque situation est unique. On peut aussi garder les cendres de ces lettres, les amener dans le jardin ou à l’orée d’un forêt et creuser un trou dans lequel on les dépose. Avant de refermer le trou, on y dispose une plante fleurie, signifiant par là que de ces cendres quelque chose peut naître.

2) L’ouverture du cœur.

Parmi les pratiques qui émanent de la tradition bouddhiste et qui sont enseignées plus largement, il en est une qui se nomme Tonglen ou donner et recevoir. Contrairement à certaines pratiques plus connues , celle-ci ne consiste pas à inspirer de l’énergie positive, de l’amour et à expirer la souffrance. Il s’agit-là d’inspirer dans notre cœur symbolique la souffrance des autres avec le souhait de la diminuer ainsi que l’ignorance qui la cause, puis d’expirer de la compassion et de la paix à l’intention de personnes ou des groupes de personnes. On peut aussi recourir à cette pratique lorsqu’on ne ressent pas de compassion pour quelqu’un. Dans ce cas, on inspire le sentiment de fermeture à l’autre, puis on expire de l’espace, de la détente, du lâcher-prise. Se sentir bloqué, fermé ne fait pas obstacle au Tonglen. On continue à inspirer et expirer sur ce qui est ressenti comme un blocage et qui devient , petit à petit un germe d’éveil du cœur ! (Pema Chödrön)

Surtout, quoi qu’il arrive, il s’agit de ne pas se juger. Chacun fait le mieux qu’il peut faire et une évolution positive est toujours possible.

A vous, cher Rémy, nos envoyons nos vœux de sérénité et de lâcher-prise dans la situation difficile que vous traversez et à chacun de vous, amis lecteurs, nous souhaitons une belle semaine.

Si vous aussi, vous avez une question ou un témoignage concernant votre deuil, écrivez-nous !

Pour aller plus loin :

Pema Chödrön – Sur le chemin de la transformation ( le Tonglen) Éd., Pocket.

Rosette Poletti. – Mandalas de lâcher -prise Éd. Jouvence :

Jacques solomé – Apprivoiser la tendresse Éd. Jouvence

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