À la rencontre de Delphine Guéry de Vivre son deuil Languedoc-Roussillon

«L’objectif est de répondre à un besoin personnel non satisfait : partager l’expérience de deuil en groupe»

Nîmes vivre son deuil 1
Le congrès national aura lieu à Nîmes le 19, 20 et 21 novembre 2014

La Fédération Européenne Vivre son deuil est présente dans la France entière à travers ses nombreuses antennes locales, toutes animées par des bénévoles formés. A l’occasion du Congrès «Deuil et monde du travail», nous partons à la rencontre de Delphine Guéry, engagée avec énergie à Nimes dans l’organisation de cet évènement national.

Bonjour Delphine, pouvez-vous nous dire ce qui vous a amené au bénévolat au sein de Vivre son Deuil ?

Le décès brutal de mon fils il y a 17 ans a bouleversé toute mon existence, mes croyances, le sens de ma vie, mes relations. Ce tsunami m’a amenée à une thérapie, nécessaire à ma survie. A la recherche de groupes d’entraide dans mon département, je prends alors contact avec la Fédération. Je n’ai pas pu trouver ensuite d’association correspondant à mes attentes. Les années passent et l’idée, il y a 6 ans de créer une antenne sur Nîmes, germe en moi. L’objectif était pour moi de répondre à un besoin personnel non satisfait : partager l’expérience de deuil en groupe, ce qui m’avait cruellement manqué. Être bénévole était alors pour moi salvateur et une expérience humaine des plus riches. Une vraie rencontre avec l’autre, avec écoute bienveillante et sans jugement.

Quelles sont les missions et les actions de Vivre son deuil Languedoc-Roussillon?

Toutes les associations de la Fédération Vivre son deuil sont aconfessionnelles et proposent des accompagnements en faveur des personnes en deuil, il s’agit d’accompagner tout type de deuil avec tout type de public. Toutes ont une gestion autonome et développent certaines spécificités dans l’accompagnement. Une région va davantage mettre l’accent sur des besoins repérés (développer l’accompagnement du deuil périnatal, de groupes d’entraide pour enfants….).

Notre antenne Vivre son deuil LR, a été créée en 2010, avec pour objectif, comme les autres associations VSD, de soutenir les personnes en deuil, rompre leur isolement et de limiter les complications du deuil. Elle est adhérente au REAAP du Gard (Réseau d’écoute, d’appui et d’accompagnement des parents) et membre de la Fédération Européenne Vivre son deuil.

Vos actions se destinent-t-elles à un public en particulier ?

Notre association s’adresse vraiment à toute personne en deuil , quelle que soit la cause du décès :

  • Aux conjoints en deuil
  • Aux parents en deuil
  • A ceux dont le bébé est mort en cours de grossesse ou à la naissance
  • Aux adolescents et jeunes adultes en deuil d’un parent, d’un frère ou
    d’une sœur, d’un ami.

Dans quelle situation peut-on faire appel à vous ?

Nous répondons a un besoin vital, bouleversé par la mort d’un proche, vous pouvez :

  • Avoir besoin d’un espace de parole et d’écoute pour dire votre souffrance.
  • Éprouver le besoin d’être soutenu et aidé dans la recherche d’un équilibre nouveau.
  • Avoir envie de rencontrer d’autres personnes en deuil afin de vous sentir moins seul et de partager vos émotions.

«Il nous semble essentiel d’être au plus près des besoins des personnes en deuil qui manifestent, non seulement une souffrance psychologique, mais également, une souffrance corporelle.»

Quelles pratiques spécifiques avez-vous développées ?

De 2011 à 2012, nous avons, en parallèle, proposé aux personnes en deuil participant à un groupe, 5 séances de sophrologie, avec une sophrologue bénévole. Ceci sur un autre temps que l’animation du groupe. L’objectif étant d’aider les personnes en deuil à être en contact avec le corps, qui souvent, est en souffrance, au même titre que l’état psychologique. En 2014, nous souhaiterions à nouveau développer cet accompagnement. Il nous semble essentiel d’être au plus près des besoins des personnes en deuil qui manifestent, non seulement une souffrance psychologique, mais également, une souffrance corporelle.

Cette année, toujours dans l’objectif de développer des techniques appropriées à l’accompagnement, une psycho généalogiste bénévole a rejoint Vivre son deuil Languedoc-Roussillon. Nous proposerons avant la fin de l’année un atelier sur le transgénérationnel aux personnes en deuil. L’objectif est de venir avec son arbre généalogique et d’avoir une autre  lecture de son histoire (répétitions de décès par accident, par suicide, par exemple). Dans l’animation des groupes d’entraide, nous proposons donc divers outils (photolangage, mandalas, transgénérationnel, relaxation).

Congrès deuil et monde du travail NîmesVSD LR, avec le soutien du REAAP, organise une conférence par an sur le thème du deuil, à destination de tout public (parents, professionnels…). De même que nous organisons chaque année, une manifestation, à l’occasion de la journée nationale de l’accompagnement des personnes en deuil, fixée par la FEVSD, au mois d’octobre.

Cette année, la FEVSD et VSD LR organisent le 12ème congrès national de la FEVSD, à Nîmes, sur le thème « le deuil et le monde du travail ». Cet évènement est l’occasion, pour toutes les VSD régionales, de mettre en commun leurs expériences et de proposer au public d’y participer et de réfléchir aux actions à construire avec les partenaires. C’est un enjeu capital pour mieux faire connaître nos associations et leurs missions, auprès du public, qui, souvent est démuni sur ces questions.

Qu’en est t-il de la « femme » derrière la bénévole ? Votre parcours semble atypique.

DELPHINE vivre son deuil Languedoc RoussillonPrésidente et bénévole de 2010 à 2013, formée au Diplôme Universitaire « deuil et endeuillés » et aux formations nécessaires à l’accompagnement (écoute téléphonique, entretiens individuels, animation de groupe d’entraide), j’accompagne les personnes en deuil depuis 2010. Je participe à de la supervision depuis 2010, à raison de 7 séances par an, dont l’objectif est de requestionner les pratiques. Depuis 2013, au vu du développement de nos activités et de la charge de travail administrative, VSD LR a pu créer mon poste de coordinatrice salariée sur 20heures par semaine. Je poursuis en parallèle l’accompagnement bénévole.

Depuis 2012, trésorière adjointe de la FEVSD, je suis, depuis cette année, secrétaire générale.

Pourquoi avez-vous choisi cet engagement ?

Mon parcours professionnel et personnel m’a beaucoup fait réfléchir sur les moyens donnés, en termes de partage d’expériences, aux personnes en deuil. Moi-même ayant vécu un deuil très douloureux, j’ai côtoyé cette solitude fondamentale et cet isolement qui font partie du processus de deuil. Et j’ai perçu ô combien le partage du vécu du deuil avec des pairs, apportait une certaine « normalité », un temps de moins grande solitude et l’importance d’être mieux reconnu par la société.

Que vous apporte humainement d’aider les autres, de les accompagner ?

Humainement, le mot est très juste pour décrire ce que je vis, au travers de ces accompagnements. Je suis dans la vraie rencontre avec l’autre, dans l’authenticité. C’est voir l’autre tel qu’il est, s’autorisant à dévoiler l’intime, à parler vrai, sans se sentir jugé. Pour moi, la rencontre humaine est celle là. Combien de personnes accompagnées nous remercient d’avoir permis de dire ce qu’elles ne peuvent dire à l’extérieur, de pouvoir pleurer, de pouvoir « se lâcher ».

Quand j’accompagne, je suis dans le cœur et je reçois tellement des personnes que j’accompagne. Je les remercie de me faire ce cadeau et cela va dans les deux sens !


Pourquoi il est important de se faire accompagner selon vous ? 

Parce que se sentir seul dans cette épreuve du deuil est inhumain. Le deuil n’est pas une maladie et il est important que la société reconnaisse la souffrance vécue, sans la stigmatiser.

Les personnes en deuil, suivent, pour certaines, en parallèle de l’accompagnement, une thérapie. Accompagner, avec nos associations est complémentaire à la thérapie. Nous ne nous substituons pas à cela.  Cela permet aux personnes, d’être dans un groupe et de partager ensemble cette traversée afin de mieux évaluer là où elles en sont.

«Il n’y a pas de mot, de phrase toute faite.»

Enfin pour finir qu’avez-vous envie de dire à une personne en deuil ? Un conseil, un mot en particulier ?

« Que ressentez-vous? » favorise parfois l’expression du flot émotionnel si présent. Parfois, un regard, une main tendue, un silence suffisent. Chaque personne vit l’évènement de façon singulière et il est important d’adapter son attitude en fonction de la personnalité de chacun. Il n’y a pas de mot, de phrase toute faite.

Merci Delphine de ce beau partage. Nous vous retrouverons donc avec plaisir au congrès Congrès «Deuil et monde du travail»

Pour en savoir plus sur l’association VIVRE SON DEUIL – Languedoc-Roussillon :
Site: http://www.vivresondeuil-languedocroussillon.org

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